Il y a la pluie, qui lave mes péchés et le vent qui effeuille mes rêves. Et puis il y a ce chat sur le muret, qui surplombe la ruelle. Il prend ses aises et son air de Pacha ne semble destiné qu'à moi. Il est le seul maître sur l'horizon. Je voudrais l'asseoir à ses côtés et poser sur le monde un regard critique. Et lui, reste statique. Son pas fulide, sa démarche gracieuse, son air songeur, nonchalent, digne et intelligent, ses pupilles vides et tellement vives à la fois ! Que j'aimerai lui ressembler ; comme deux gouttes d'eau, mais est-ce bien le terme ? Dans cet océan de mort, il se pavane sans réel orgueil. Pour cela, pour continuer de l'amdirer, j'aurai presque eu envie de vivre. Ou survivre. Je me relève. J'avais soudainement ressenti le besoin de déambuler dans la ville. Le chat s'est redressé, lui aussi. Avait-il compris, le sordide dessein que mon coeur recelait ? Quoi qu'il en soit, il m'accompagna jusqu'à la fin de son domaine. Mon semblable, mon frère... A l'angle de l'impasse sombre, il s'assied et semble me jauger de son air tendre et confiant. malgré moi, je lui souris ! Le félin, tel un souverain, ferme les yeux, comme pour me dire :
"Va !"
Je marche seule, maintenant. je ne sais plus quoi faire de mon corps, alors je traîne des pieds. Mon coeur a le vertige, à l'instard de ce monde qui avance à reculons. Mes pieds foulent le bitume ; sombre sentier, pour de sombres pensées. Je voudrais m'y étendre pour un dernier soupir. Je regarde le monde. Combien de ces personnages secondaires de l'acte de ma vie, ont déjà tenté de mettre fin à leurs jours ? Combien d'entre eux ont réussi leurs vies et tentent désormais de faire tenir leur décor en place ? Monotone théâtre de l'Absurde ou chacun a son rôle.
Soudain, je cours, sans but réel. A la recherche d'un soleil un peu moins noir, sans doute. Mais je cours, ne sachant pas vraiment si la vitesse m'apporterait l'Oubli. Puis, je stoppe net, tombe à genoux, face contre sol. J'avale la poussière, mais je ne bouge plus. Et je meurs. Je suis morte et enterrée de ne plus pouvoir esquisser le moindre geste. Avancer c'est savoir survivre et je ne sais plus rien ! Malgré tout, je me redresse ; difficilement, douloureusement. Mon coeur saigne, mon âme peine, et mes esprits s'essoufflent.
Sur les bords du fleuve, la ville est belle? Je m'allongerai bien un instant, mais la nuit tombe. Alors je marche. Je souffre encore de la chute passée, lourde désillusion... Tout en avançant, je converse avec mon Désespoir. Je lui narre ma journée :
"Il a fait beau, aujourd'hui. Que se soit dans ma tête ou dans la ville. Il paraît que la ville est morte. Je pense juste qu'elle s'endort. On y rencontre pourtant toute sorte de gens : des gens biens, des gens moins biens. Des artistes, des ouvriers, des coups de foudre, des courants d'air... Le peuple gris des rues semblent prendre des couleurs, revêtant sur son visage, les pommettes roses de la vie, tels d'éphémères étendards. Mais le soleil se couche et endort avec lui, la terre et son horizon de bâtisses. Je respire avec peine, j'ai peur. J'ai mal. Certains souvenirs s'accrichent aux lèvres de mon passé comme se tien le crépuscule aux bordures de la Terre."
Un instant de silence me répond, mais j'ai l'habitude. C'est juste le silence du non-retour. C'est juste l'appel de l'Autre qui s'éveille et qui souffre. A vouloir voler trop haut, on se brûle les ailes et je rêvais d'atteindre les étoiles.
"Dieu, Dieu, Dieu ! Il n'y a pas de Dieu !"
Au Diable, Apollinaire, car ce soir, je prie.
Le pont est désert, je m'y étends. Je regarde le ciel et je chante. Tout bas, et ce n'est plus qu'un monocorde murmure. Toi, l'Autre, toi, là-haut. Ecoute cette cansonetta entêtante, car ce soir, je te l'offre :
"Encore s'offir en vain,
Et s'exposer encore !
Un nouveau lendemain
Qui occulte l'Aurore...
A quoi mène ma vie ?
Où mènent nos chemins ?
Je t'appelle, tu t'enfuis,
Où va notre destin ?
Dans le brouillard, tu erres,
Et me noie avec toi.
Tu dessines tes chimères,
Et te guide à leurs voix...
Je suis là, impuissante,
spectatrice du pire,
Ma chute arrive, lente :
Mais oserai-je m'enfuir ?
Je suis celle que l'on aime,
Celle que l'on déteste aussi.
Je serai celle de tes rêves,
Viens, pour oublier l'Oubli...
Je suis celle que tu regardes, parfois.
Je suis celle qui te gène bien souvent.
Je suis celle qui accompagne ta Foi.
Je suis celle qui idolâtre Satan...
Je suis celle que tu n'as pas connue.
Je suis celle que tu as oubliée.
Je suis celle qui dors dans tes rues.
Et celle qui t'invite à prier...
Viens. danse avec moi.
Etrange valse, peu monotone.
Viens, et dans mes bras, oublie-toi !
Si tu t'offres, je me donne...
J'ai oublié la compation,
J'ai souffert ma déraison.
Je suis libre de mourir,
Et préfère l'oubli au rire...
Je suis celle que tu haïs,
Celle que tu chéris aussi...
Celle qui te donne à rêver
Je suis celle qui t'offre un passé.
Je porte un nom,
Je t'invite à me lire...
Oubliez, oublions,
Je suis la Marchande de Souvenirs..."
Lorqu'aux fins de l'Infini, mon écho me mime, je ris, et des larmes dévalent mes joues. Je sors mon couteau. Sur la lame, il y a ces mots, qui ne valent plus rien :
"Pour Ael, mon Ange..."
La lame effleure mes doigts, et une perle de sang sort et stagne. Je m'allonge, droite, et me tranche la jugulaire. La tête sur le bitume, j'observe mon dernier toit d'étoiles. Combien de minutes pour la première sirène ? Combien de temps avant ma Fin ? Tristes barreaux de secondes entre l'Autre et moi ! Mon corps se noie dans ce liquide qui coulait dans mes veines. Bientôt, on pourra voir sept roses rouges, avec cette inscription :
"Ici, s'est envolée Ael."
Pouis le monde s'anime ; je meurs, il revit.
Les sirènes, les lumières, les pleurs et les cirs...
Mais il est trop tard, car déjà ma tête s'auréole de rouge pour une dernière danse.
C'est le rouge du pour voir, le rouge de l'amour, de a haine,, du désir, de la passion, de la rage.
Le rouge du plaisir, de la Foi, du devoir.
Le rouge du jeu, de l'oubli.
Le rouge de l'Adieu.
Toi qui t'enlace et te mèle avec les étoiles, toi cet Autre...
Danse avec moi.